Réserve naturelle régionale : Marais, Dunes et Baie de Guissény

Depuis le 16 octobre 2025, à la suite du vote du Conseil régional de Bretagne, le site des Marais, Dunes et Baies de Guissény est classé Réserve naturelle régionale. Il s’agit ainsi de la dixième réserve naturelle régionale de Bretagne, couvrant 608 hectares répartis sur les communes de Guissény, Kerlouan et Plouguerneau et les deux communautés de communes, la Communauté Lesneven Côte des Légendes (CLCL) et la Communauté de communes du Pays des Abers (CCPA). 

L'objectif est de concilier la protection d'un patrimoine naturel exceptionnel avec les activités humaines locales. Pour se faire, les Réserve naturelle bretonne se construisent autours de de 4 grands principes :  elles sont dédiées à la connaissance et à la protection du patrimoine naturel, inscrites dans un réseau d’espaces naturels protégés, ancrées dans leur territoire, et ouvertes à l’éducation à la nature et au public

La Réserve est caractérisé par une zone côtière basse bordée par le plateau léonard. Il regroupe plusieurs entités écologiques majeures : les baies de Tresseny et de Porz Olier, de larges estrans et plusieurs îlots, le cordon dunaire de la Sècherie et l’arrière-dune du Vougo, l’étang et les marais du Curnic, les prairies humides, les tourbières et la falaise morte. Ce territoire se distingue par un continuum terre-mer naturel unique et une mosaïque d’habitats naturels façonnés par l’Homme au fil du temps, ce qui génèrent une biodiversité exceptionnelle.

Périmètre_RNR

La richesse du site s’observe aussi bien au travers de ses 124 ha d’habitats d’intérêt communautaire terrestre (au titre de la Directive européenne Habitat Faune Flore), que de ses prairies riches en orchidées abritant faune et flore exceptionnelle. Parmi les nombreux habitats marins d’intérêt, deux d’entre eux peuvent retenir une attention particulière : les herbiers à zostères et les champs de blocs. En termes de diversité floristique, 605 plantes vasculaires sont connues à ce jour sur le site dont 30 taxons considérés à enjeux de conservation. Le site accueille notamment le Liparis de Loesel (Liparis loeselii), une espèce d’orchidée dont la variété ovata est particulièrement rare en Bretagne, n’étant observée que sur deux sites dont Guissény.

Pour la faune, le site est remarquable pour la grande diversité d’oiseaux accueillie tout au long de l’année. Ce sont surtout l’étang du Curnic et les estrans qui accueillent les anatidés et les limicoles en halte migratoire et en hivernage. Les réseaux de mares temporaires et permanentes, ainsi que les vastes zones humides favorisent la présence de nombreux amphibiens, reptiles, ainsi que plus de la moitié des espèces d'odonates (libellules et demoiselles) recensées en Bretagne. Les habitats du site permettent aussi la présence de nombreux mammifères, terrestres, tels que la loutre d’Europe, le campagnol amphibie ou la musaraigne aquatique, marins, tels que les phoques gris, ou de nombreuses espèces de chauves souris.

Par ailleurs, le site présente plusieurs éléments géologiques ponctuels d’intérêt : les tors granitiques des Barrachou, la falaise morte, les queues de comètes, la coupe de la falaise du Vougo, les tourbes fossiles Gwenn Drêz notamment. Ces différents éléments offrent une certaine compréhension des variations des milieux marins au fil du temps, notamment dans un contexte d'élévation du niveau marin. Le site est aujourd’hui un observatoire du changement du trait de côte. Depuis 2004, un suivi morpho-sédimentaire du système dune-plage du Curnic au Vougo est mené à ce titre par le Laboratoire LETG Géomer.

L’occupation humaine du site est ancienne, comme en témoignent les nombreuses traces archéologiques, d’activités, d’aménagements et de constructions, qui constituent également un patrimoine historique et culturel notable. Pour la période récente, citons notamment l’activité goémonière pratiquée sur la Sécherie depuis le 18ème siècle, puis les travaux de poldérisation au 19ème siècle permettant l’installation d’une activité de polyculture-élevage dans le marais. S’en est suivie une phase d’intensification de certaines pratiques dans les années 60, 70 et 80 (avec notamment l’extraction de sable) qui ont ensuite progressivement décliné. Parallèlement, les activités touristiques et récréatives se sont développées sur tout le secteur.

La prise de conscience des multiples intérêts patrimoniaux du site naturel ont conduit dans les années 90 à la création de l’association Guissény Rendez-vous Nature et à la mise en place de mesures de protection. Un arrêté de protection de biotope est notamment pris en 1997, année qui voit aussi le début des acquisitions foncières par le Conservatoire du littoral. Ces premières acquisitions seront complétées au fil des ans par le Conservatoire et la commune de Guissény. Dès les années 2000, le site rejoint le réseau Natura 2000. Cela permet la mise en place de suivis naturalistes et scientifiques et une gestion conservatoire du site. 

La Réserve naturelle aujourd’hui permet de poursuivre toute ces actions entreprise depuis des années. Ce classement est une reconnaissance de la richesse écologique du site et les efforts de préservation déjà engagés, tout en renforçant son rayonnement à l’échelle régionale et nationale. Ce statut permettra une meilleure gestion des milieux naturels, favorisant la biodiversité, tout en offrant des opportunités pour sensibiliser le public à travers des animations, des événements, et des aménagements adaptés à l’accueil des visiteurs.

La mise en place d’une nouvelle réglementation permet d’une part de rassembler en un seul document l’ensembles des réglementations déjà existantes, mais aussi de maintenir et encadrer les pratiques et usages afin de garantir la conservation et l’évolution des populations végétales, animales et des habitats présents